zibeline | juillet 2016

Ça danse aussi en Avignon !

4 pièces dansées de choix

Au CDC, les pièces s’enchaînent toutes les 2 heures dans un rythme soutenu et vivifiant. Accompagnés par Seb Martel (à la cythare), Kylie Walters et Christian Ubl ouvrent la journée avec AU et offrent une leçon d’originalité, en mêlant à leur tiers-paysage et leurs pas dynamiques un doux et dingue vagabondage fantaisiste autour de la notion d’identité (elle est Australienne, il est Autrichien). Tous les trois sont drôles, précis et fins ; la variation textuelle autour de l’Au/o amuse, aussi, mais convainc moins.
En co-réalisation avec les Doms, le touchant Claudio Bernardo a écrit dans Só20 une sensible et sincère partition autour de son histoire, liant forcément vie privée et artistique. Le chorégraphe brésilien revient sur son chemin de danse, avec une nostalgie palpable sur le temps qui passe, 20 ans de passions et de collaborations, et se donne entier pour faire briller la flamme qui l’anime encore. Un magnifique palimpseste de gestes et de souvenirs qu’il effeuille, généreux, en belle intimité.
Boys don’t cry de la Cie Divergences est un tonnerre ! De sons (batterie à fond les ballons, bouchons d’oreille recommandés), de baguettes (qui voltigent dans tous les sens), de corps (performance très virile de Sylvain Huc et Pierre-Michaël Faure). Un combat de testostérone où les deux « coqs », toujours sur les starting-blocks pour se mesurer, évitent la caricature, sauvés par le propos sur le genre… Sueur, énergie -voire brutalité, c’est aussi la question posée sur la masculinité- et au final tonnerre d’applaudissements pour une création très sonore à qui manque juste un poil de grâce pour que s’épanouisse la fragilité des hommes qui pleurent…
De la grâce, Une femme au soleil de Perrine Valli (en partenariat avec la Sélection suisse en Avignon) en regorge ! (Très bien) Inspirée par le tableau d’Edward Hopper, la chorégraphe crée un pas de quatre autour du désir, d’une sensualité contagieuse. De merveilleux et langoureux préliminaires vécus au ralenti par deux couples en état d’apesanteur, d’une précision gestuelle magistrale, qui s’enroulent de plaisir, alanguis, hypnotisant, en symbiose parfaite. L’éloge fascinante de la lenteur et du 7e ciel !

DELPHINE MICHELANGELI
Juillet 2016

© Jean Barak