Zibeline n°41| mai 2011

33 fois Ti Amo

Christian Ubl crée un objet scénique hybride à partir du texte de Fabrice Melquiot, La Semeuse, qu’il adapte avec une bonne dose d’humour et un vrai sens de la légèreté. Une combinaison judicieuse de théâtre et de danse comme un écho aux dimensions expressives présentes dans la nouvelle par l’alternance formelle de deux typographies… que l’on déchiffre en temps réel sur un écran de fond de scène. La fable est simple : c’est une histoire de l’amour au xxe siècle. Elle et Lui se sont séparés. À travers Elle nous voyageons et recomposons le puzzle de leur amour ; à travers les poèmes qu’il lui avaient écrits nous comprenons le sens de la perte de l’autre. C’est une pièce sur le désir et le mal à se faire mal : « non je ne couche pas je sème », dit-elle ! À son tour Christian Ubl peut se laisser aller à semer les mots de Melquiot au gré de sa fantaisie (grotesque assumé de la parole de Ti amo exagérément seventies), de son goût de la dérision (caricature du machisme sous les traits de Pablo en combinaison moulante rouge et déhanchements lascifs) et de son écoute du langage des corps qui jamais n’illustre le mot. À Elle, parfaitement incarnée par la comédienne Céline Romand, l’expression théâtrale ; à Lui, auquel Christian Ubl prête tous les visages, la danse. La chanson et la création vidéo venant s’y mêler aussi, le spectacle réserve de jolis moments de grâce et d’équilibre fragile malgré quelques longueurs ; la nouvelle devient scénario et Christian Ubl en offre une vision en cinémascope.
La Semeuse a été créée les 15 et 16 avril au 3bisf d’Aix-en-Provence

Marie Godfrin-Guidicelli, Zibeline n°41, mai 2011

© Matthieu Barret