CUBe au Festival d’ Avignon

10 | 20 JUILLET 2014 | 12H00 (relâche le 15 juillet) | CDC LES HIVERNALES | AVIGNON

Programme composé de I’m from Austria like Wolfi + Shake it out – extrait

Dans le cadre de la prochaine édition de son festival « L’été, au CDC, particulièrement danse #3,
le CDC des Hivernales a choisi d’inviter CUBe et de présenter le solo « I’m from Austria… » ainsi qu’un extrait de la dernière création « Shake it out« 
qui confrontent cinq danseurs à deux musiciens enchaînant assemblages électroniques et tempi de batterie.
Ce programme chorégraphique questionne l’identité culturelle européenne à travers le prisme du folklore et de la danse contemporaine.

PRESSE

Boudoir du Off #7 – Christian Ubl – Off 2014 par Laurent Bourbousson

Jusqu’au 20 juillet, Christian Ubl présente Zoll au CDC Les Hivernales, tous les jours à 12h00. La rencontre s’est déroulée à la sortie d’une représentation. Questions autour de Zoll, de la visibilité durant le Off et coût de la création… Klap de début :

L’à-propos de Zoll :

Regroupés sous le titre Zoll, Christian Ubl présente I’m from Austria, like Wolfi ! suivi de Shake it out.

I’m from…, solo du chorégraphe, est un passeport dansé. À travers le prisme des images autrichiennes (les pâturages, Mozart…), Christian Ubl témoigne de son attachement à sa culture tout en la raillant. Au-delà de l’amusement que suscite ce solo, il pose la question de notre « né ici » et jusqu’où l’on danserait pour son pays. Jusqu’à la mastication de son drapeau, peut-être…
Avec Shake it out, Christian Ubl s’attaque à la question de L’Europe. L’écriture chorégraphique, portée par les 5 interprètes parfaits (Séverine Beauvais, Aniol Busquets, Marianne Descamps, Joachim Lorca, Joachim Maudet), illustre une Europe en mal de direction. La musique, jouée en live par Fabrice Cattalano et Stéphane Dunan-Battendier, enflamme le plateau sur lequel les drapeaux volent. Tous les interprètes de cet ensemble sont dans une énergie débordante et font de leur acte joué, un acte politique. Tout est millimétré et orchestré pour nous pousser dans la spirale des identités perdues. Du couple franco-allemand au chant européen Joie,joie,joie, Christian Ubl présente une danse engagée qui réveille nos consciences endormies.
Une telle proposition ne se refuse pas. Dépêchez-vous, il ne reste que 3 jours.


– 12h : « Zoll » – Chorégraphie de Christian Ubl

Sous le titre « Zoll » (douane en Allemand) se cache une double proposition : tout d’abord le solo « I’m from Austria, like Wolfi ! », puis les deux premiers des trois mouvements de « Shake it ou »t, pièce pour cinq danseurs. Si les deux spectacles s’opposent (un solo, travaillant l’intimité et une pièce de groupe, se posant la question du vivre ensemble), il se crée un écho entre les questionnements développés comme dans les images créées. Bien plus qu’une juxtaposition de pièces, il s’agit bien d’une nouvelle œuvre, autonome et riche.

« Même si la pièce n’est pas présentée dans son entièreté, le festival se passe très bien pour nous », explique Christian Ubl. « J’étais assez sceptique sur le fait de regrouper les deux spectacles. J’appréhendais un peu et finalement, cela marche très bien sans pour autant effacer une certaine frustration de ne pas pouvoir présenter l’intégralité du travail. Ceci dit, c’est la première fois que je fais Avignon.

On n’est pas dans la même urgence que beaucoup d’autres compagnies, on n’a pas à tracter, Les Hivernales font tout ce travail. » Bien plus qu’un avant-goût, la proposition met en appétit pour la suite. Dans les deux parties (le solo comme la pièce de groupe) Christian Ubl réussit ce tour de force, très rare, d’allier à la fois une véritable écriture chorégraphique, une danse corporelle très investie et un projet politique cohérent et réfléchi. Il crée des images fortes, à grand renfort de symboles plus ou moins évidents. Les images proposées sont très claires et en même temps suffisamment complexes pour permettre au spectateur de rêver sa vision de l’Europe.

C’est une belle représentation de l’exaltation des corps, ainsi qu’une belle représentation corporelle de l’idée de culturalisme. À la fois brute et drôle, la danse dézingue l’image lisse et merveilleuse que l’on peut se faire de l’Autriche ou du rêve Européen, tout en évitant de tomber dans le discours démagogique ou populiste. On comprend très bien où ça va, ce que ça raconte, mais la pièce ne nous impose rien et ne véhicule aucun message, si ce n’est celui de la complexité. La puissance du geste (un bras tendu, une main sur le cœur, un pas rythmé) nous renvoie à notre image de la nation, de l’autorité, du collectif. « Zoll » pourrait être, en ce début de XXIe siècle, la réussite implacable de l’ironie : un hymne joyeux à la difficulté de se sentir ensemble dans une Europe dévastée et en crise.

On saluera la performance de Joachim Lorca qui ne mâche ni ses gestes ni les drapeaux. Il finit en sueur, qui ce jour-là a créé un cœur sur sa chemise, le même que celui représenté sur certains drapeaux du spectacle. Une pièce nécessaire, évidente et puissante, certainement la proposition chorégraphique la plus riche de ce festival Off.


Zoll qui veut dire « Douane » donc frontière, se compose de deux extraits I’m from Austria like Wolfi ! et Shake it out réunis dans un programme spécial pour Les Hivernales.

Il pourrait s’intituler « du bonheur d’être Autrichien » et véhicule le même type d’ironie grinçante dont ont fait montre ses compatriotes écrivains, tels Musil ou Thomas Bernhardt à une autre époque. Dans I’m from Austria like Wolfi !, tout démarre avec Christian Ubl qui déploie devant nous la vraie panoplie du parfait petit autrichien. Tout est rouge et blanc aux couleurs du drapeau national et, caricaturant un improbable entretien radiophonique, le voilà sommé de réagir à des musiques plus indigentes les unes que les autres, donnant lieu à de savoureux déplacements de sens et de gestes.

Ensuite, on a droit à un extrait documentaire sur Salzbourg, « la ville de La Mélodie du bonheur » dans lequel intervient une ancienne actrice de l’équipe du film mythique.

Tout cela pourrait se contenter d’être seulement de la dérision. Mais les mouvements de Christian Ubl évoquent une autre histoire, celle justement que veut nous faire oublier La Mélodie du bonheur et ses héros anti-nazis et courageux. Un bras qui se lève à l’horizontale, un sourire béat et machinal, une raideur qui s’empare du corps n’étant que les moindres symptômes qui nous font percevoir ce curieux retour du refoulé, notamment en enfilant des lederhose (knikers en cuir de cerf), un vêtement aussi prisé d’un côté de la frontière que de l’autre, nous rappelant qu’à une époque, celle-ci disparut dans une belle « réunion » ou, en allemand : Anschluss.
Et puisqu’il est bien question de « frontières » à divers degrés dans ce spectacle, Shake it out, nous fait bouffer du drapeau jusqu’à plus soif. D’abord, il y en a assez peu, mais comme chacun sait, l’Europe s’agrandit. Ce qui est vite célébré par un remix de l’Hymne Européen, qui, comme chacun sait est l’hymne à la joie (de la 9e symphonie de Beethoven). Très vite, les interprètes basculent dans un joyeux délire où chacun tire à hue et à dia, à l’image de bien des politiques actuels. Bien mené, bien enveloppé, Shake it out, interroge l’avenir de l’Europe culturelle… sans grand optimisme, semble-t-il.

L’ensemble de ces extraits fonctionne plutôt bien, et le spectateur passe plutôt un bon moment entre folklore revisité et danse contemporaine.

Agnès Izrine

CUBe est un projet chorégraphique subventionné par le Ministère de la Culture et de la Communication / DRAC DRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur , le Conseil Régional PACA, le Conseil Général des Bouches-du-Rhône, la Ville de Marseille, la Ville d’Istres. CUBe – Christian UBL est soutenu par le Forum Culturel Autrichien Paris.