Christian Ubl : « Istres est précurseur

Par délibération du 8 octobre 2020 en conseil municipal, la Ville d’Istres initiait la mise en œuvre du Pôle d’Expérimentation et de Création Chorégraphique, ou PE2C. S’articulant autour d’un travail avec les principaux pensionnaires de la Maison de la danse, l’association Pulsion et la formation professionnelle Coline, la première résidence a été confiée pour deux ans à Christian Ubl. Rencontre avec le chorégraphe à quelques jours de deux créations très attendues au théâtre de l’Olivier.

« The King », avec Pulsion, suivi de « Der Laufe der Dinge », avec Coline, chorégraphies Christian Ubl, samedi 8 janvier 2022 à 19h au théâtre de l’Olivier. Gratuit, sur réservation. 04 42 56 48 48. Port du masque et pass sanitaire obligatoires.

Quinze mois après son lancement, où en est le PE2C, forcément impacté par la crise sanitaire ?

Il ne s’est pas passé grand-chose car cela a été effectivement très perturbé à cause de la Covid. La maison de la danse était fermée et on a dû reporter trois fois le projet prévu avec les amateurs. On a trouvé une autre solution mais je me retrouve quand même dans la même situation, au même endroit qu’au début. Tout se retrouve concentré en peu de temps. C’est un peu compliqué pour tout le monde mais aussi pour nous en tant que compagnie car il n’y a pas que ça à mener. On doit aussi rayonner autrement qu’à Istres.

Votre première manifestation concrète remonte au week-end des 3 et 4 juillet 2021 avec les randonnées artistiques « Waouhhhhhlk », reprises mi-septembre pour les journées du patrimoine.

Le 25 janvier 2021, j’avais quand même pu présenter ici la création 2021 de ma compagnie CUBe, « La cinquième saison », au théâtre de l’Olivier, mais uniquement devant des professionnels. C’était important pour moi. « Waouhhhhhlk », c’était la première chose possible en public parce que c’était dehors. C’était très chouette à faire, même si ça n’a pas été simple à monter jusqu’au dernier moment. A cause des risques incendie, on a dû changer le parcours. Qu’est-ce qu’on peut faire dans l’espace public, qu’est-ce qu’on pourra y faire demain, c’est une question que je me pose en tant qu’artiste.

Comment est né le spectacle « Der Laufe der Dinge », que vous présentez samedi avec les danseurs de la formation Coline ?

C’est la seule chose que j’ai pu anticiper et maintenir car c’était étalé dans le temps. On a pu répéter notamment pendant l’été. C’est un travail sur l’effet papillon et la question des réactions en chaîne, inspiré d’un film expérimental de Fischli & Weiss, deux plasticiens suisses aujourd’hui décédés, un enchaînement d’objets qui tombent. Cela dure 40mn. Je suis assez content. Cela mêle à la fois la partition du corps, de la voix et de la musique. J’ai fait appel à un compositeur avec qui j’ai déjà travaillé, qui a fait spécialement une bande son. Ce travail d’expérimentation chorégraphique va me servir pour ma propre compagnie en 2023-2024.

Il y aura en même temps « The King », la restitution du spectacle avec les amateurs de Pulsion. Combien sont-ils ?

Normalement, c’était un projet pour 20-25 personnes. On est 13. Le groupe est bien. Pulsion donnant déjà des cours, je trouvais plus judicieux de proposer une création. Il y a eu plusieurs ateliers, le week-end, entre octobre et décembre. Je pense que ça va être intéressant mais ça reste court comme délai. Ce n’est pas facile de convaincre les gens de s’engager dans cette période, parce que nos habitudes et nos façons de faire ont changé.

On y retrouve Seb Martel, votre complice musical sur les randonnées.

C’est un collaborateur qui fait le lien, pour cheminer ensemble avec les personnes que nous avons rencontrées, vu que ce sont deux projets participatifs et immersifs. Il y a cette idée de partager le plateau entre Pulsion et Coline. Ce sont des chemins parallèles mais qui ne sont pas forcément ensemble. Au départ, le théâtre de l’Olivier m’avait proposé de faire une pièce courte de ma compagnie. Je trouvais plus judicieux que des amateurs d’ici et la jeunesse des Coline ramènent du public. On verra si ça a un effet levier.

D’autres projets sont-ils programmés ?

Deux spectacles seront à l’affiche des Elancées en février. D’abord, « Le bal des flamants rouges » avec des enfants, le 5 à 15h à l’Usine, avec le théâtre, suite à une action menée avec des scolaires de 6 à 9 ans. C’est plutôt une proposition conviviale, pour toucher d’autres publics. On verra si ça pourra avoir lieu. Il y a aussi « Garden of Chance », avec le mentaliste Kurt Demey et moi, le 4 février au théâtre de Fos-sur-Mer. On aura deux représentations, jeune public et tout public. Après, je reviendrai en résidence à Istres, en avril, pour une création jeune public que j’ai dû reculer.

C’est aussi le retour à Istres de l’élève Ubl, passé par Coline.

C’était en 1997. Voir ce parcours depuis, c’est chouette. J’espère aussi que Coline prendra une autre envergure et que la formation sera stabilisée.

Quel premier bilan du PE2C tirez-vous ?

Si Istres continue à porter ce projet, elle peut être exemplaire pour d’autres villes afin d’initier ce genre de dispositifs. C’est quand même précurseur, innovant pour une ville, ça n’existe pas ailleurs. C’est très engageant vis-à-vis de l’art chorégraphique.

CUBe est un projet chorégraphique subventionné par le Ministère de la Culture et de la Communication / DRAC DRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur , le Conseil Régional PACA,le Conseil Général des Bouches-du-Rhône, la Ville de Marseille, la Ville d’Istres. CUBe – Christian UBL est soutenu par le Forum Culturel Autrichien à Paris.