Zibeline | NOV 2020

Christian Ubl, entre création et transmission

© photomavi

Nommé chorégraphe associé au nouveau Pôle d’Expérimentation et de Création chorégraphique (Pe2c), Christian Ubl est de retour à Istres.

Comme un effet miroir, une manière pour lui de donner de l’espoir à la jeunesse, le nouveau projet
porté par la Ville enthousiasme Christian Ubl qui participa à la promotion 1997-1999 de Coline1 à
Istres. « Pourquoi ne pas revenir comme ancien pensionnaire mais avec un nouveau statut, et
dire aux jeunes danseurs que tout est possible ? C’est un projet excitant ! Je suis très content
d’avoir trouvé une maison pour continuer à développer mes projets, même si ce sera différent
de La Briqueterie2 où je suis encore artiste associé. Je souhaitais trouver un nouvel ancrage
à ma compagnie CUBe basée à Marseille et développer des collaborations avec les acteurs culturels
du territoire ». Le Théâtre de l’Olivier, la Maison de la danse, le Conservatoire
intercommunal de musique et de danse, Scènes & Cinés, les associations Coline et Pulsion à
Istres… Et au-delà à Klap Maison pour la danse – Marseille où il a présenté une étape de travail de
La Cinquième saison dans le cadre de Question de danse. Bousculé par l’actualité, Christian Ubl
a retrouvé l’enthousiasme de la création : « Cet opus prend racine là d’où je viens, avec des
danses latines, très rythmées, métissées. Des danses qui rassemblent un groupe, où il est
question de l’individu mais aussi de la foule qui génère une énergie communicative. Vu que cela
tourne autour du carnaval, j’ai déplacé au plateau ce modèle-là en l’inscrivant dans le
temps du défoulement, de la transgression abordés librement avec un groupe où les
identités sont différentes et singulières. Après, autour du carême, on bascule vers une danse
plus retenue, quelque chose de l’espoir et de la lumière… ». S’il n’avait pas prévu que la société
fasse corps avec son projet, il lui semble néanmoins important aujourd’hui d’y intégrer des
éléments, des similitudes avec ce qu’il traverse : «Je suis à mi-parcours, on verra ce qu’il adviendra
car la période est imprévisible. Ça prend forme lentement, il faut savoir s’adapter et rester
vigilant ».

Un parcours atypique
Il y a quarante ans à Vienne, où il est né, il était impossible d’aborder la danse dans des
institutions. Christian Ubl a donc pris des chemins de traverse (études d’hôtellerie et de
gastronomie, sport de haut niveau avec le patinage artistique, danses de couple) avant
d’approfondir son goût pour le mouvement et l’art en France. À Coline d’abord, puis en tant
qu’interprète auprès des chorégraphes Abou Lagraa, Michel Kelemenis, Daniel Dobbels
notamment, et en prenant par la suite la direction artistique de sa compagnie CUBe. Rigueur,
discipline, engagement, technique, Christian Ubl va toujours au bout des choses. Militant pour un
art qui ne s’enferme pas entre les différentes communautés et essayant toujours de trouver
des influences qui peuvent intéresser le plus grand nombre. C’est ainsi qu’il évoque Gustav
Klimt et Egon Schiele, le Jugendstil comme autant d’influences avec lesquelles il a grandi, et
qu’il cite Matthew Barney et Annette Messager comme figures tutélaires. Car, pour lui, la danse
doit réunir et non diviser ni cloisonner. Jusque dans sa conception du travail par la présence à
ses côtés d’artistes issus des beaux-arts qui lui permettent de projeter la danse au-delà du geste
pur : « J’aime quand on peut créer une notion scénographique vivante, pas forcément
imposante, qui soit dans la manipulation ou l’accumulation. Comme les drapeaux (dans Shake
it out, ndlr) qui deviennent des couleurs, des paysages, un fleuve, une géométrie variable et
plus du tout un symbole ». Symbole qu’il ne détourne pas mais amène sur scène vers une
fonction plus poétique, plus humaine…

Plaidoyer pour l’art vivant

Dans un état de tristesse, privé d’énergie, impuissant et désemparé face à ce qui se passe
depuis plus de six mois dans le monde, Christian Ubl a d’abord ressenti la nécessité de réflexion et
de recueillement plutôt que d’investir les plateformes digitales. « Je ne suis pas contre les
nouvelles technologies mais je pense que le spectacle vivant n’est pas numérique. Il est dans
la rencontre, dans la salle, avec le public. C’est pour ça que je fais de l’art, pour échanger des
ressentis différents. Surtout que les réseaux sociaux deviennent pour moi des réseaux de
haine et de non dialogue et de non échange. Ou en tout cas pas dans le bon sens du terme. Du
coup je me pose la question : si l’art ne sert pas à nous faire discuter de nos sentiments et de la vie,
alors à quoi servent les artistes ? ». Ainsi a-t-il préféré se retirer et continuer à travailler dans
l’ombre, avec toujours la même rigueur et le même engagement, malgré l’absence de visibilité
de l’art vivant dans la période de confinement. Puis une énergie sous-jacente est apparue,
venue d’un truc viscéral, l’enjoignant à continuer à créer.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI